[INTERVIEW] Pony Pony Run Run @Ardèche Aluna Festival

Rencontre avec Pony Pony Run Run à l'occasion de l'Ardèche Aluna Festival 






Est-ce que le Poney Poney court court toujours ? 

Gaëtan : Il a vieilli mais il court de plus en plus vite et de plus en plus loin. 
Je suis assez obsédé par le fait qu’on ait commencé le projet il y a 11 ans et ça me fait peur. 

Amaël : Voilà la triste réalité du poney, il vieillit. 

Un petit mot sur votre parcours, vous êtes passés par les Beaux Arts de Nantes. Qu’est-ce que cela vous a apporté dans votre composition ? 

Amaël : Ça nous a apporté un espace de création où on pouvait faire ce qu’on voulait, on a eu de la chance, car on y était à une époque où il y avait un directeur très permissif. La pédagogie, c’était pas de la pédagogie en fait, et si ça ne se passait pas bien, c’était pas plus mal. 

Gaëtan :  Ça nous a aussi appris à prendre la distance nécessaire quand on fait quelque chose, que ce soit de la musique, des photos ou des vidéos. Pouvoir être dedans mais aussi savoir sortir de son travail pour dédramatiser le propos, de réagir, d’écouter les critiques, de ne pas se formaliser. Ne pas être dans la vision romantique de la création. Il faut être sincère dans ce que tu fais, quoi que tu fasses. 

Amaël : C’était un avant goût de la vraie vie, tout était basé sur ton projet personnel. Tu rentres avec tes travaux et tu développes ton propre projet. On ne te donnait pas des sujets pour orienter tes créations, c’était vraiment à toi d’être moteur de ton travail. Nous n’avons jamais essayé de faire quelque chose de précis, on a toujours fait ce qu’on a envie de faire et c’est grâce à cette formation. 

Vous êtes de retour après une pause de quelques années, qu’est-ce que vous avez fait, étiez-vous en train de préparer cet album ? 

Gaëtan :  En juillet 2013, nous avons décidé d’arrêter les concerts. Cela faisait 7 ans que nous étions en tournée, donc c’est bien de prendre un peu de temps pour soi. Retrouver du temps en tant qu’individu mais pas en tant que groupe. Il ne faut pas regretter de passer à coté de sa propre vie. Amaël a passé du temps avec sa famille et il a construit une maison avec ses propres mains. Je suis une grosse feignasse alors je suis parti faire le tour du monde avec ma copine via un billet open. C’était que des aventures, des endroits inattendus.

Amaël : On était clairement pas dans cette optique de créer un album. L’idée, c’était de se retrouver, vivre sans agenda. 

Gaëtan :  Je compose de manière quotidienne, des minis trucs qui sont pas des chansons. C’est quasi-hygiénique pour moi alors j’ai ramené ces sons de chaque voyage sans lien direct. On s’est dit qu’on pourrait en faire un album. 


Justement « Voyage Voyage », un clin d’oeil à Desireless ? 

Gaëtan :  À l’origine, tous ces morceaux portaient le nom de la ville où ils ont été composés. Mais c’était des villes peu connues, il y avait ce truc-là de cartographie, de ville. On voulait faire quelque chose avec ça, on a gardé ces noms-là jusqu’à la fin, enfin presque. 

Amaël : L’album était quasiment fini, masterisé. On a voulu garder cette trace. Cette idée de voyage, de déplacement mais sans être dans cette idée que ce morceau a été composé à tel où tel endroit. 

Gaëtan :  On s’est dit allez, « Voyage voyage ». Et comme on répète tout deux fois (rires). C’était un débriefing bizarre, dès le lendemain, le label nous appelle et nous a demandé si on était sûrs. On s’est battus pour le garder. D’ailleurs pour l’anecdote, nous avions un ami aux Beaux Arts, un plasticien très intéressant qui vient d’Allemagne. Sa vidéo de fin d’année, c’était lui devant un blue screen qui chantait « Voyage voyage » avec son accent, en culotte de cuir. Ce truc-là est ressorti à ce moment-là, c’est un peu ça, nos voyages…

Comment est-ce que vous travaillez, l’un compose, l’autre écrit ? 

Amaël : Pony Pony Run Run, c’est le projet de Gaëtan à la base, qui apportait vraiment les grandes bases, une structure qui a été travaillé ensuite au sein du groupe. 

Gaëtan :  Les chansons sont déjà là, parfois ça peut partir d’un riff. On s’amuse avec, on les détruit, on les reconstruit. On mélange tout, on voit ce qui se passe. L’idée de se faire plaisir, il y a un coté ludique dans notre création. On aime faire la bande originale de la vie des gens qui écoutent. Quoi qu’il arrive, la musique, c’est ça, quand tu l’as faite, elle t’appartient plus. Les gens qui en font ce qu’ils veulent. Tu peux donner toutes tes tripes, parler de ta vie privée, ça parlera à quelqu’un d’autre, d’une autre manière. 

Ce soir, vous jouez sur la Grande Scène. Comment vous l’appréhendez ? Vous avez un set spécial ? 

Amaël : Nous avons un temps assez large, on va jouer 1h30 assez tard. On a alors un peu modifié les choses.

Gaëtan :  En ce moment, on fait des concerts en notre propre nom, du coup on peut se permettre des choses plus introspectives. Ce soir, on va passer après les Insus, ça va être étrange de faire ce long set dans la nuit ardéchoise. C’est cool ! 
Ce set est assez rock, moins électro que les précédents. 

Qu’est-ce qui a changé dans votre rapport à la scène ? Comment vous appréhendez l’espace ? 

Gaëtan :  Avant, on était dans un état de stress. Tu as envie de donner quelque chose de bon. Maintenant, on a fait plus de 500 concerts, on est un peu chez nous sur scène. En même temps, on se laisse toujours aller à la musique, on est moins à l’écoute de ce qu’on fait, on le vit. 

Qu’est-ce que vous diriez aux jeunes PPRR de 2005 ? 

Gaëtan : C’est par-là, tout droit, fonce. Jeune poney, tu vieilliras. D’autant plus, on a commencé avec un vieux van en dormant sur les canapés des gens, on gagnait zéro et on perdait beaucoup mais c’était ça qu’on voulait vivre. Il ne faut pas se poser de questions dans ce métier-là sinon tu ne fais pas ce métier, tu fais autre chose. Ce n’est pas vraiment un métier, finalement. On a eu un plan pour jouer à Bordeaux, puis une semaine après dans une cave à Paris. Il ne faut pas perdre l’envie.

Propos recueillis par Monsieur-Robs et Alice Cusack



Retrouvez les reports de l'Ardèche Aluna Festival  : DAY #1 - DAY #2 - DAY #3 

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